16 déc. 2012

Fixation

Parcourir des rues grouillantes de monde provoque une véritable angoisse. Ressentir autour de vous, en vous, les tremblements des rouages humains surgir de toutes ces profondes solitudes. Tous ces êtres agités, souvent hostiles à eux-même, interprètes d'une vie dictée par les ordres du nécessaire, de la rancœur, de l'insatisfaction, de la frousse et des aveuglements. Ils sont là, sanglés dans leur démarche, troublés, croisant les faisceaux tranchants de leurs regards, se frôlant dans la gêne, mais condamnés malgré cette irritante proximité à ne jamais véritablement se rejoindre et se comprendre.

Leurs bras tendus, leurs yeux lumineux pleins de vagues désirs, leur bouche crispée jetant dans le silence des paroles muettes. Même si les bouts tactiles de leurs doigts se touchent, les trajectoires sur lesquelles ils voguent ne forment qu'un vaste entremêlement, un formidable maillage, complexe, noueux, indémêlable. Que vous le vouliez ou non, vous êtes vous-même lié à ce monde grouillant et fou, tiraillé en tous sens par ces forces invisibles. Des forces incontrôlables que d'obscures pulsions régalent et déchaînent. Elles redoublent à mesure que vos fibres s'étirent et en souffrent comme un vieux muscle fatigué, vos os s'écartèlent, le tissu intime de votre être est au bord de la déchirure.

Partout, c'est l'asservissement des frustrations délirantes. Tout cela généré par cette masse de gens. Ça vous condamne à sortir de l'énigmatique silence tout cela.

Vous hurlez! Vous suppliez! Mais vos cris, à peine jaillis de votre bouche, se chargent d'un formidable plomb gris et basculent et plongent dans l'abîme envoûtant et infini qui gît sous vos pieds.

Schhhllackkk!!!!!!

Ce que vous fûtes, s'éparpille dans l'immensité du néant.

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