4 oct. 2012

Ligne 5


Ce matin une vague pluie, ruisselant sur toute chose comme la pisse d’un ange, m’a obligé à m’engouffrer dans la première station de métro.  J’ai donc poursuivi ma route, enseveli  sous l’écorce de la ville,  avec d’autres termites besogneuses, fendant les nappes poisseuses et les odeurs troubles d'un réseau asphyxié.  Dans une rame,  à part trembler avec toute la structure, on peut aussi passer du temps à observer ses congénères. Résultats de mes observations : j’ai trouvé les gens « lourds ». Je ne veux pas dire chiants, ni gras, ni gros, mais « pesants ». Je sentais en effet leur corps peser de tout son poids sur le plancher, les sièges, les poteaux de soutien et les poignets. J’observais les mous ballotements de ces corps soumis aux ordres réguliers  des secousses, les uns collés contre les autres.   Je me demandais pourquoi ils avaient tous l’air aussi « lourds ». Leurs regards étaient vides ou tournés vers l’intérieur, leurs bouches lâches, leurs membres immobiles.  Ces corps de toutes sortes, inanimés et silencieux, devenu ce poids mort, ce fardeau de chair inhabité. Puis soudain, lancées à la poursuite du métro au cœur d’un sombre tunnel, je crus entendre hurler leurs âmes.

Un mauvais pressentiment m'envahit alors.

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