12 oct. 2012

le poing tendu


Je serre le poing furieusement.
Je le serre tellement fort que tout ce qui le constitue, ses muscles intrinsèques,  ses tendons recroquevillés, ses jointures et phalanges,  tout semble prêt à éclater comme un verre de cristal, à se désassembler définitivement. Dedans, mes ongles se tordent en mordant ma paume. L’ovale aplati sous l’ongle de mon pouce est blême. Ce même pousse, anguleux, cassé et posé sur la tête en fer d’un marteau à quatre doigts. Et puis la peau, enveloppant ce poing, tendue comme celle d’un tambour, va bientôt se découdre.  
La force qui le comprime ainsi jusqu’à la douleur provient de mon avant-bras. Tout est bandé à mort à l’intérieur, calcifié jusqu’à atteindre l’extrême raideur du marbre. Le bras reste immobile autour de son coude fléchi, son biceps enflé à outrance.
L’énergie qui pétrifie tout ceci paraît gaspillée en vain.
Non pas totalement….
Car il y a les veines, rhizomes bleu-pâle magnifiques, se gonflant, et se déracinant du derme pour venir bosser la peau translucide sous la forme d’arabesques raffinées. Le sang rouge emprisonné dedans fulmine et s’épaissit, gronde en coulant en cascade.
La rage, l’excès, la force puis la délicatesse des phénomènes sanguins…tout est conforme à la minute qui précède le drame.

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