24 oct. 2012

Le corbeau



La nuit regorge de pâles tensions et d’halos tremblants, car minuit va bientôt sonner ; et dans cette vaste décomposition de l’instant, tout ce qui fut bon, généreux, affable, et que vous fîtes briller -à tort- de mille fiertés, va maintenant ployer, couler déliquescement et disparaitre  dans les ombres de plus en plus épaisses de la nuit.  Et ainsi toute la grande ville, idole arrogante et aveugle, enflée par la sottise du progrès, va se tordre de manière indécente dans la valse sombre de la poésie...
...Voyez ! Voyez la chair et le sang s’animer de nouveau. Voyez la sève noire et antique ensemencer comme jadis notre terre, celle  que vous avez laissés flétrir sous les flammes du soleil occidental.  Dedans se désagrège le corps hideux de la modernité et de tout ce que cette monstruosité a engendrée. Que cette nuit dure ! Que cette métamorphose soit longue et savoureuse pour les seuls yeux rigides des mortes revenues.

Voilà maintenant qu'un Orphée macabre se glisse dans ces ruelles obscures. Son cœur est brisé mais ses ailes sont tranchantes. C’est le corbeau, pantomime viscérale de la pure vengeance. L’éclat électrique des lampadaires et les flots glacés des vitrines stériles révèlent dans de sublimes moments l’accent sordide de son répugnant sourire. S’il vous effraie ainsi, c’est que vous savez cette chose anormale et insupportable : il est mort et il vit encore…

...C’est pour vous qu’il est revenu et s’est grimé exagérément des couleurs fauves de la vie. Afin que vous puissiez revivre avec lui, lorsqu’il marchera léger dans vos pas et dans les effluves brusques de votre de chair moite, cet instant où vous l’avez banni! Banni dans cet enfer sans repos qu’est l’éternelle douleur, l’inconsolable tristesse. Vous ne lui avez même pas laissé l'antidote du "Temps". Vous l’avez MAUDIT !...

...Mais le revoilà. Voyez ! Voyez les ailes visqueuses de cet ange sanglant battre l’air en un majestueux parallélisme, comme la relation muette qui lie désormais le reflet de votre image, prisonnière et abolie, avec le corps noble, hardi et fatale de la vengeance accomplie. Il vient s’abattre sur vous tandis que ses ailes claquent sinistrement dans cet air immobile et froid, dont votre corps en sursis, déjà, comme un linceul s’est drapé.Son aura extraordinaire vous avale et je ne puis vous dire la suite...

...Car vous n'êtes plus.

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