5 mars 2012

Ici, la mort du temps



« Oui c’est là, voilà, par là…un peu plus loin.

Par ici ?

Oui, parfaitement, au bout, tout au bout…enfin…Il a disparu un peu avant.

Disparu ?

C’est exact. Mais il m’avait prévenu, il le savait.

Comment ça ?

Il m’a dit que c’était l’un de ces endroits sur terre où le temps disparaissait. Plus on se rapproche de ce point, plus le temps se dilate à l’infini. C’est ce qu’il a dit.

Hum… Je vois. »


J’enfonçai bien mon chapeau et remontai mon col. Je fis quelques pas en avant. Le vent hurlait tout autour de moi. Plus bas, les vagues se disloquaient sur les roches grises. Le fracas puis l’écume et les voiles d’eau scintillants déchirés dans la rage de l’air. Un instant toutes mes pensées se noyèrent dans le bleu tumultueux du grand océan. Je me retournai et l’homme, le visage toujours inquiet, avait gardé son bras tendu dans la même direction. Je continuai et fixai au loin la silhouette noire et impassible d’un phare planté dans la colère des eaux. Plus je m’approchai de la pointe, plus les bourrasques étaient violentes. .Je devais maintenant plaquer mon chapeau avec la main ou le voir s’envoler. Le vent était si fort que je dus presque fermer les yeux. Je m’imaginai alors plonger dans une chute vertigineuse. Dans ce vacarme j’entendis se désagréger les modulations d’une voix humaine. C’était l’homme encore, mais je ne parvenais pas à le comprendre. Il me fit des grands signes en levant ses bras et un non de la tête. Mais il était déjà trop tard, il fallait que j’aille jusqu’au bout, je devais moi-même comprendre ce qui était arrivé à monsieur Mess. Au bout de cette terre déchiquetée, là où la grandeur et la fureur du vent et de l’océan invalident le temps.

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