31 août 2011

Chronique du Véga


Les astéroïdes voguent autour du grand soleil blanc. Ils tournent sur eux-mêmes, selon des vitesses différentes, exposant cycliquement leurs cavités stériles à la brutalité lumineuse. Les ombres ultra-mobiles balayent leurs surfaces grossières. Leur état n’est que succession de chocs silencieux. Éclats, brisures, dislocations. Puis soudain, le moment est venu de plonger vers l’étoile. L’attraction de l’astre les arrache à l’abîme cosmique. Dans leur chute, les roches monumentales s’embrasent. Elles filent alors en raie de lumière intense vers ce bulbe pulsant et incandescent qu’elles n’atteindront jamais.

Les vieilles mains du philosophe sont posées à plat sur le transpacier. La surface est glacée et son cœur s’emballe à l’appel du vide spatial. Son regard est là bas, parmi les forces qui désorganisent ce grand champ d’astéroïdes. Il médite en contemplant ce spectacle de transformations, ces écueils avides de mutations. C’est alors que se confirme à lui cette intuition : il en est de même pour la vie des hommes, tout n’est que choc et succession d’états, plus cela dure, plus nos chances d’être emporté vers l’unique, le grand Tout, augmentent; nous disparaissons selon la plus simple des lois cosmiques, déstructuré, sublimé en pure énergie.

Il se retire tremblant, trainant le pas dans son compartiment. Plus que jamais il a conscience de l’altérité de sa trajectoire et de la proximité avec son brutal changement d’état. Il se change, se lave et s’allonge dans le silence et le noir de sa vie. A quelques centaines de millions de kilomètres, le grand soleil blanc attend.

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