15 oct. 2010

humaine

elle est venue me hanter, comme les pluies froides de novembre, clapoter contre mes volets, selon le désordre du vent, avec son être, enveloppé d’un tissu aux fibres aériennes, soufflant entre les interstices à ma vitre, aussi légère qu’une rumeur, elle a surgit à travers l’épais rideau de velours sombre, celui qui nous sépare des ailleurs invraisemblables, elle a fendu la nuit profonde, tourbillonnant un instant au dessus de mon voisinage, aussi silencieuse qu’une brume crépusculaire lorsqu’elle se déchire sur une ville entière et somnolente, une ville pas tout à fait rentrées dans ses cauchemars tièdes, elle respira enfin à mes côtés aussi légère que son souffle par dessus mon épaule

auparavant, elle s’était dressée plusieurs fois sur mon passage, mais à chaque fois dans mon dos, nue dans ses ombres, partageant un court instant avec moi ce même « ici », elle a fait de moi son complice

j’écrivais depuis plusieurs semaines, j’alignais les lettres, les mots, les phrases sans savoir vraiment ce que je faisais, faire pour être ou devenir, seul à farcir ces jours et ces nuits irréels, bâillonné à faire saigner les commissures de mes lèvres, et autour de moi flottaient parfois les poussières fossiles de la claustration et les relents montaient des caveaux de l’espoir

c’est eugénie, qui m’a renvoyé le sens de cet instinct d’écrire, en lui parlant je lui avais dit qu’il fallait que je sorte quelqu’un de cette écriture, j’avais continué ma phrase sans que ce lapsus accroche ma conscience, mais elle m’interrompit avec l’étonnante clarté bleutée de ses grands yeux, alors plus qu’ouverts, m’expliquant sans vraiment le comprendre que la clef était là, ce quelqu’un qui attendait en moi, dans un cri de voyelles ou un râle de consonnes, dissimulé derrière chaque lettre, chaque mot, chaque phrase

alors les jours ternes avaient passés, se dépliant identiquement aux jours qui précédaient et se confortant dans les mêmes hypothèses des jours qui allaient suivre, comme cela jusqu’à cette nuit

cette nuit où elle m’apparut en vrai, cette fois, vrai c’est toucher, vrai c’est sentir, cet être qui avait surgit de mon écriture, cette histoire qui devint humaine

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire